La communauté tamoule de la Réunion, les Malbars, pratique l’hindouisme et célèbre plusieurs fêtes religieuses tamoules durant l’année. Hautes en couleurs et en sensations, elles sont très suivies par la communauté tamoule mais aussi très appréciées des profanes.

Il n’est pas toujours simple pour le néophyte de bien appréhender les spécificités des différentes communautés indiennes à La Réunion, qui se distinguent par leurs origines et par leurs pratiques religieuses. La plus ancienne et la plus grande majorité des indiens réunionnais qui forme la communauté des Malbars sont d’origine tamoule, une région du Sud de l’Inde, et ils pratiquent l’hindouisme « tamoule ». D’origine plus récente, les indiens réunionnais de l’Ouest de l’Inde (Gujarat) sont appelés ici les Zarabes et sont des musulmans sunnites. Enfin, les indiens ayant initialement émigré à Madagascar puis à La Réunion sont appelés ici les Karanes et sont des musulmans chiites. Il faut noter également que la double pratique religieuse, tamoule et catholique, qui remonte au début de l’arrivée des premiers immigrés indiens puis des engagés, est bien présente à La Réunion.

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Les fêtes religieuses tamoules pratiquées par les Malbars sont nombreuses et constituent une composante essentielle de la culture réunionnaise. Hautes en couleurs, bruyantes, parfois impressionnantes, ces fêtes religieuses sont très suivies par les pratiquants mais aussi très appréciés des profanes et des touristes. Elles font partie intégrante du folklore réunionnais. Les temples tamoules à l’architecture si caractéristique présents sur toute l’île peuvent pour certains être visités sur demande.

Les principales fêtes religieuses tamoules

Pongol

Dans les régions tamoules du Sud de l’Inde, Pongol est la grande fête de la moisson du riz qui permet de remercier le dieu soleil Suryia pour les bonnes récoltes, et qui marque le passage d’une année agricole à l’autre. A La Réunion, Pongol constituait jadis la fête majeure de la communauté tamoule. Les propriétaires sucriers offraient 2 à 3 jours de « congés » aux engagés et prenaient à leur charge les frais de cette grande fête organisée à la fin de la campagne sucrière. Avec le temps, d’autres célébrations plus « spectaculaires » ont progressivement pris le pas sur la fête de Pongol. Elle est fixée depuis 1973 à la date du 14 janvier et se déroule aujourd’hui essentiellement dans les temples tamoules où ont lieu des cérémonies et des spectacles de récits mythologiques.

Marche sur le Feu : Fête de Pandialé

La pratique de la Marche sur le Feu trouve ses origines dans la version tamoule du Mahabharata, une épopée de la mythologie hindoue, et elle célèbre le sacrifice de la déesse Pandialé. Après 17 jours de « carême » (prières, rites, abstinence) et une longue procession en bord de mer ou dans le lit d’une rivière, les pénitents sont prêt à vivre le rituel de purification de la Marche sur le Feu. Le jour de la cérémonie, on prépare dès l’aube le Tikouli, la fosse devant accueillir le brasier, puis après des rituels de sacralisation, les fidèles marqués d’un point rouge sur le front par le prêtre traversent calmement le brasier long de 5 à 6 mètres, parfois en portant un Karlon (construction conique fleurie portée sur la tête par les fidèles à l’occasion de diverses cérémonies). La fête se conclue par le retour au temple et des ultimes rituels de purification, et parfois des sacrifices de cabris ou de coqs. Les principales marches sur le feu se déroulent entre janvier et décembre et constituent une célébration qui attire et fascine toujours autant les spectateurs.

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Le Nouvel An Tamoul : Puthandu

Le Nouvel An Tamoul est célébré chaque année entre le 13 et le 15 avril par la communauté indienne de La Réunion. Ce jour aussi appelé Puthandu célèbre la création de l’univers par le dieu Brahma et symbolise également le jour du renouveau pour la communauté tamoule. Cette fête religieuse et familiale est l’occasion de remercier les divinités, de faire des offrandes et des bains de purification, de recevoir au temple les prévisions du Pandjangam (le calendrier tamoul) pour l’année à venir, et de se réunir autour d’un repas traditionnel et de cadeaux, mais c’est aussi un moment de partage avec tous les réunionnais qui peuvent découvrir la culture tamoule et ses traditions. Le nouvel an tamoul est fêté un peu partout dans l’île, les défilés de chars, spectacles de danses indiennes, feux d’artifice et de nombreuses animations ponctuent ces deux journées de fête.

Cavadee

Le Cavadee (Kavadi) ou Fête des 10 jours puise ses origines dans la mythologie tamoule et célèbre chaque année le dieu Mourouga, chef des armées célestes, dieu de la jeunesse et de la beauté. Il a généralement lieu à la dernière pleine lune de janvier à Saint-André et Saint-Louis, et à la dernière pleine lune du mois d’avril et mai à Saint-Pierre, à Saint-Paul et Saint-Benoît. Le Cavadee est un rituel de purification, de rédemption et de victoire sur soi sur le long et difficile chemin de la spiritualité. Après une période de carême de 10 jours où les pénitents doivent se purifier (prières, jeûnes, abstinence), le dernier jour se conclue par d’impressionnantes processions où les fidèles défilent sur plusieurs kilomètres, le visage (langue) et le corps transpercé d’aiguilles en forme de Vel (lance sacrée) ou de crochets, qui symbolisent le voeu de silence et sont censées favoriser la circulation de l’énergie solaire. Le rose (fuchsia) couleur de la divinité Mourouga est omniprésente pour cette cérémonie.

Dipavali

Le Dipavali (Diwali) ou Fête de la Lumière, initialement fête familiale, est devenue en quelques années à La Réunion la manifestation la plus populaire de la communauté tamoule. On cite plusieurs origines légendaires à cette célébration qui symbolise la victoire du bien sur le mal et de la lumière sur les ténèbres, et elle est à La Réunion l’occasion de célébrer la déesse Lakshmî, déesse de la Lumière et de la Prospérité. Dipavali est célébré la nuit la plus sombre de l’année, dans la quatorzième phase de la lune descendante au mois d’Ashvina du calendrier hindouiste (octobre / novembre). Les fidèles défilent à la nuit tombée en costume indien traditionnel et se déplacent avec des bougies en procession nocturne. La fête s’accompagne de nombreuses animations et spectacles de danse notamment, et vise plus généralement à faire connaître et promouvoir les traditions culturelles indiennes et tamoules. En Savoir +  : Dipavali 2018

Karli

La fête de Karli (Kali) est une célébration religieuse tamoule en l’honneur de la déesse guerrière Karli (Kali), destructrice impitoyable pour les démons, elle est une mère protectrice et gracieuse pour les bons. Après un jeûne de 8 jours, la cérémonie commence par des prières rythmées aux sons des tambours et des cloches, puis les cabris et les coqs offerts en offrande sont bénis et amenés à l’autel sur lequel ils sont sacrifiés selon un rituel bien précis. Les animaux sont ensuite découpés et préparés pour faire un repas qui sera bénit et partagé avec tous les fidèles et même des invités profanes. Ce rituel sacrificiel qui fait l’objet de controverses n’en reste pas moins un élément saillant de la culture et des traditions tamoules réunionnaises. Les fêtes de Karli sont célébrées traditionnellement en août et septembre.

Les principales divinités de l’hindouisme

Les hindous sont polythéistes et croient en plusieurs dieux mais qui ne sont en fait que les différentes facettes d’une seule entité. Les dieux hindous sont très nombreux mais ils s’articulent autour de trois dieux principaux qui forment la Trinité hindoue (Trimūrti) : Brahma (création), Vishnu (préservation), et Shiva (destruction). Les divinités de l’hindouisme réunionnais ne sont pas différentes des divinités de l’hindouisme en général mais certaines d’entres-elles sont ici particulièrement vénérées à l’image de Pandialé, Karli ou Marliémen.

Divinités-tamoules-reunion

BrahmaBrahma est le créateur de l’univers et il incarne la création. Né dans une fleur de lotus, elle-même émergeant du cordon ombilical de Vishnu, Brahma possède quatre têtes couronnées et quatre bras. Il tient les quatre Védas dans ses mains. Sa monture est un cygne. Son épouse est Saraswati. Malgré son importance hiérarchique, Brahma est peu vénéré par les hindous.

VishnuVishnu, appelé aussi Narayana, est le préservateur, divinité solaire qui combat pour le bien et descend sur terre pour aider l’humanité. Comme Brahma il possède quatre bras. Sa monture est l’aigle Garuda, et il est aussi accompagné d’un serpent à plusieurs têtes (Shesa). Son épouse est LakshmiVishnu a pour mission de préserver l’ordre du monde, et lorsque ce dernier est perturbé, Vishnu s’incarne pour descendre sur terre sous forme d’un avatar. Les textes sacrés en recensent dix. Vishnou, plus connu à La Réunion sous le nom de Govinden, est très populaire ici, surtout honoré à travers ses avâtara (incarnations ou descentes sur terre), en particulier Râma et Krishna.

ShivaShiva, est à la fois le destructeur mais aussi le créateur, Seigneur du Yoga. Il est représenté avec un troisième œil, symbole de sagesse, au milieu du front et avec un cobra autour du cou. Sa monture est le taureau Nandi qui fait lui-même l’objet d’un culte. Shiva est un personnage complexe et contradictoire. Il représente la destruction mais celle-ci à pour but la création d’un monde nouveau. L’emblème de Shiva est d’ailleurs le lingam (un phallus), symbole de la création. Shiva est marié à Shakti, la déesse-mère. Shiva est représenté sous de nombreuses formes et possède d’après les textes 1008 noms (Shambhu, Shankara, Pashupati…). L’une des plus célèbres de ses représentations est le Shiva Nataraja, danseur cosmique qui rythme la destruction et la création du monde. Il est alors représenté avec 4 bras.

Karli : Karli (Kali) la Noire, la Terrible, est une déesse très populaire parmi les Malbars à La Réunion qui lui rendent hommage par le sacrifice de cabris et de coqs durant les fêtes de Karli, et une des plus connues des réunionnais. Elle est l’épouse de Shiva, née de Brahma, Vishnu et Shiva. Sa représentation est assez effrayante, avec une longue langue pendante rouge et une guirlande de crânes autour du cou, mais elle détruit les démons pour que le calme règne à nouveau.

Pandialé : Pandialé est une déesse hindoue très populaire chez les Malbars et la majorité des chapelles « rurales » de l’île lui sont consacrées. C’est en son honneur que sont organisées les marches sur le feu. Sa légende raconte qu’elle a dû marcher sur le feu pour prouver à son mari Arjuna qu’elle lui était restée fidèle. Réussissant à marcher sur les braises sans se brûler, elle lui prouvait ainsi sa fidélité et sa pureté.

Marliémen : Marliémen (Mâryammâ) est aussi une divinité populaire à La Réunion. Déesse de la fertilité et de la pluie, Marliémen est surtout célèbre pour être la déesse des maladies, dont à l’origine celle de la variole. Elle est ainsi priée pour toutes sortes de maux, spécialement les maladies infantiles telles que la varicelle ou la rougeole, mais aussi pour la pluie et la qualité des récoltes.

GaneshGanesh, le sage à tête d’éléphant, fils de Shiva et Pârvatî est sans doute la divinité la plus populaire en Inde. C’est le dieu du savoir et de la vertu. Porteur de chance, les hindous le prient avant d’entreprendre une action importante. Il est reconnaissable à sa tête d’éléphant et à son corps obèse. Les Malbars le connaissent bien et l’apprécient, et ses images ou ses statues se rencontrent systématiquement dans les temples tamouls de La Réunion.

Mourouga : Mourouga (Muruga) est le dieu tutélaire du peuple tamoul et le chef des armées célestes, divinité de la jeunesse et de la guerre. Il est monté sur un paon, destructeur de serpents et brandit le Vel, lance dont les trois parties (tige, partie large du fer et pointe) représente la puissance, l’intelligence et la victoire. Ce fils de Shiva est aussi appelé Soupramanien (Subrahmania) et on le vénère avec ferveur à l’occasion du Cavadee (Kavadi). De nombreux temples lui sont consacrés.

LakshmiLakshmi est la déesse de la beauté, de la lumière et de la prospérité. Elle est la déesse mère bienveillante. Elle symbolise l’harmonie, la joie et l’équilibre. Elle a quatre mains qui représentent la vertu. Couronnée, elle porte un sari rouge et est assise sur un lotus. Elle est entourée par deux éléphants blancs, symboles de chance. Elle est elle-même vénérée par de nombreux dieux, dont Ganesh. Elle est célébrée à La Réunion durant le Dipavali ou Fête de la Lumière.

Saraswati : Saraswati est la déesse de l’intelligence, de la connaissance, des arts, de l’écriture et des sciences, épouse de Brahmâ. Elle possède quatre bras. Vêtue sobrement d’un sari blanc, elle est accompagnée d’un paon ou d’un cygne, symboles de pureté et de beauté. Elle est parfois représentée assise sur un lotus.

PârvatîPârvatî est l’épouse de Shiva, la forme bienveillante de Shakti, la déesse-mère. Elle est le symbole de l’épouse aimante, et elle est la mère de Ganesh et de Skanda.

Devî est le terme générique sanscrit désignant les déesses, contreparties féminines (Shakti) des Dieux (Deva). Devî signifie littérallement « brillante ». La parèdre (contrepartie féminine) d’un Dieu n’est pas en soi différente de lui, elle n’est pas une autre entité, mais une autre expression : elle est sa puissance de création, sa force spirituelle.

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