L’énergie à La Réunion

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Même si La Réunion est encore aujourd’hui « pétrodépendante » et importe une part importante de son énergie, l’île dispose de formidables ressources d’énergies renouvelables qui lui permettraient d’atteindre à terme l’autosuffisance énergétique.

Etat des lieux et enjeux énergétiques à La Réunion

L’île de La Réunion vit sous le régime d’une économie carbonée « pétrodépendante », et importe par conséquent des énergies fossiles (produit pétrolier, charbon, gaz butane) pour répondre aux besoins énergétiques croissants de l’île. Les produits pétroliers représentent 65% des produits fossiles importés, le charbon 33% et le gaz butane 2%. L’ensemble de ces hydrocarbures, importés par voie maritime, arrivent sur le seul site du Grand Port, ce qui en fait un lieu hautement stratégique pour l’île. Avec un taux de dépendance énergétique de 86,1% en 2015, la situation reste globalement stable par rapport aux années précédentes et peine à s’infléchir.

Quelques chiffres sur l’énergie à La Réunion

• Consommation d’énergie primaire : 1 427,3 Ktep, dont 13,4% de ressources locales
• Taux de dépendance énergétique : 86,6%
• Intensité énergétique par habitant : 1,7 tep (tonne équivalent pétrole)
• Consommation d’énergie finale : 1 000,5 Ktep
• Transport : 62,5 % – électricité : 23,5 % – Carburants et combustibles détaxés pour l’agriculture et l’industrie (hors transport) et le gaz butane : 7 % – Chaleur : 7 %
• Consommation électrique par habitant : 3 183 kWh/an

Source : Energies Réunion – Bilan 2016 Edition 2017

Pourtant, La Réunion vise l’autonomie énergétique pour 2050, avec une étape à 40 % d’énergies renouvelables dans sa production d’électricité dès 2023, possible par la conjugaison des axes : maîtrise de la demande en énergie, appropriation et volonté collective, lutte contre la précarité énergétique, développement des énergies renouvelables – hydro-électricité, photovoltaïque, éolien, mais surtout biomasse : bagasse, canne fibre, bois énergie, déchets verts, effluents, etc. – et des moyens de stockage. Des scénarii ont ainsi été étudiés et modélisés (tendanciel, volontariste), et servent de base technique à la prospective du mix énergétique à La Réunion sur les 20 prochaines années (rapport PETREL).

Schéma énergétique de La Réunion

Schema-energetique-reunion-2016

En 2016, la consommation totale d’énergie finale (utilisateurs finaux hors secteur énergétique) s’élève à 1000,5 Ktep, en légère augmentation par rapport à 2015, répartit de la manière suivante : électricité – 228,5 Ktep, carburants pour les transports –  617,9 ktep, chaleur – 70,1 ktep, gazole non routier (pour l’agriculture et l’industrie) et le gaz butane – 73,2 ktep

L’électricité à La Réunion

L’île de La Réunion ne bénéficie pas d’interconnexion au réseau électrique continental (ZNI : Zone Non Interconnectée). Il faut donc produire sur place l’électricité consommée en tenant compte de la croissance des besoins en énergie (démographie, augmentation des usages) et de l’arrivée massive dans les systèmes électriques d’énergies renouvelables intermittentes (éolien, photovoltaïque) non programmables, et dont une part trop importante peut présenter des risques de déstabilisation du réseau. Il s’agit donc de réussir à maintenir un équilibre permanent entre l’offre et la demande en électricité. La Réunion et EDF développe ainsi des réseaux électriques intelligents (« smart grids »), rendus plus performants grâce notamment à l’informatique et aux NTIC.

Mix énergétique de la production électrique à La Réunion

Mix-energetique-production-electrique-réunion

En 2016, la production électrique à La Réunion provient à 66% des énergies primaires fossiles (pétrole et charbon) et à 34% des énergies renouvelables, en légère augmentation sur la production hydraulique, le biogaz, le photovoltaïque et la bagasse. La production électrique livrée sur le réseau est de 2 943,6 GWh, soit 253,2 Ktep. La production électrique a légèrement augmenté en 2016, conséquence d’une année chaude, mais la tendance observée depuis 2000 du ralentissement de la croissance de la production continue. Elle était en moyenne de 4,9% par an entre 2000 et 2007 contre 2,2% enre 2007 et 2015. L’année 2015 marque également une augmentation sensible (+10,7%) de la production à partir des EnR, qui a été compensée par une baisse du fioul et du gazole importés, qui assurent le rôle de variables d’ajustement de l’approvisionnement en électricité.

Carte et sites de production en électricité à La Réunion

La puissance nominale mise à disposition sur le réseau au 31 décembre 2016 est de 854,5 MW.

• Sainte-Suzanne – Bois Rouge : Bagasse / Charbon – Puissance 100 MW (Albioma)
• Saint-Louis – Le Gol : Bagasse / Charbon – Puissance 110 MW (Albioma)
• Le Port : Centrale thermique – Puissance 291 MW (EDF) (moteurs diesels + TAC)
• Rivière de l’Est : Barrage hydroélectrique – Puissance 67,2 MW (EDF)
• Langevin : Barrage hydroélectrique – Puissance 3,6 MW (EDF)
• Bras de la Plaine : Usine hydraulique – Puissance 2,2 MW (EDF)
• Takamaka I et II : Usine hydroélectrique – Puissance 43,4 MW (EDF)
• Bras des Lianes : Usine hydroélectrique – Puissance 2,2 MW (Région Réunion)
• Sainte-Rose : Eolien – Puissance 15 MW (Nord Energy) + 6,3 MW (EDF Energies nouvelles)
• Sainte-Suzanne : Eolien – Puissance 10,1 MW (AéroWatt)
• Saint-Louis : Biogaz – Puissance 2 MW (Véolia)

carte-sites-production-electricite-reunion-2015

Les énergies renouvelables à La Réunion

Les sources d’énergie renouvelable (EnR) sont les énergies éolienne, solaire, géothermique, houlomotrice, marémotrice et hydraulique ainsi que l’énergie issue de la biomasse, du gaz de décharge, du gaz de stations d’épuration d’eaux usées et du biogaz.

enr-reunion-en-bref-2015En 2015, 36% de l’électricité produite à la Réunion a été générée à partir d’énergies renouvelables, et presque 10% à partir des seules sources dites « intermittentes » (solaire photovoltaïque et éolien), ce qui pose la question de la nécessaire sécurisation de l’alimentation du réseau. Parmi les énergies renouvelables, l’hydroélectricité apporte la contribution la plus importante (17,2% de la production électrique), notamment grâce aux barrages de la rivière de l’Est et de Takamaka, et cette source d’énergie permet de satisfaire les pics de consommation et de compenser elle aussi les variations des productions intermittentes. La bagasse génère 9,3% de l’électricité locale, et permet donc d’alimenter en électricité près d’un foyer réunionnais dix. Le parc solaire photovoltaïque, dont la capacité installée a augmenté de 44% entre 2011 et 2015, fournit désormais près de 8,5% de la production électrique de l’île. La puissance photovoltaïque installée au 31/12/2015 est de 221,2 Wc par habitant, ce qui place La Réunion à la 3ème position des régions françaises et à la 6ème des pays européens. Concernant le solaire thermique (individuels et collectifs) plus de 141 000 chauffe-eaux solaires individuels ont été installé sur l’île depuis la fin des années 90, et le secteur continue sa croissance avec 22 260 m2 de capteurs solaires individuels posés en 2015. Ainsi, avec 567 010 m2 de panneaux en individuels et 38 470 m2 en collectifs, La Réunion se situe à la 2ème place des pays européens (718 m2/1000 hab.). L’ensemble des installations solaires thermiques a permis d’éviter la consommation de 235,7 GWh d’électricité en 2015. La part de l’éolien reste en revanche modeste et stable par rapport à 2014 dû aux conditions climatiques.

Par ailleurs, l’utilisation des énergies de la mer, notamment la houle et la géothermie, font partie des grands projets de demain car elles disposent d’avantages financiers et écologiques majeurs : stabilité et gratuité de la ressource, « fonctionnement » permanent, etc. Le projet de site de climatisation marine urbaine « Clim Abyss », qui repose sur la technologie SWAC pour « Sea Water Air Conditioning » (climatisation par eau de mer), prévoit de rafraîchir un ensemble de 54 bâtiments (université, aéroport, centres commerciaux…), s’étendant sur une boucle fermée de 46 km entre les communes de Saint-Denis et Sainte-Marie, grâce à de l’eau de mer puisée au large à plus de 1.000 mètres de profondeur, là où sa température est de 6,2 °C toute l’année. Il développera initialement une puissance de 30 MWfroid à la fin de sa première phase, mais il est envisagé que cette puissance puisse être portée à 40 MWfroid dans un deuxième temps. Autre projet à l’étude, l’énergie thermique des mers (EMT) dont le principe consiste à générer de l’électricité en utilisant les différences de températures des eaux de l’océan.

Carte du parc des énergies renouvelables à La Réunion

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Zoom sur la bagasse et l’usine de Bois Rouge

L’usine de Bois-Rouge sur la commune de Sainte-André est une des toutes premières de La Réunion puisqu’elle a été créée en 1817. Au fil des décennies, elle a évolué jusqu’à être aujourd’hui l’un des deux pôles industriels majeurs de l’île, en assurant le traitement de l’ensemble des cannes récoltées sur la côte Est de Saint-Denis à Sainte-Rose, ce qui représente environ 1 000 000 de tonnes de cannes par campagne et 100 000 tonnes de sucres produits (sucre roux et blanc raffinés, sucres spéciaux). En 1991, l’usine s’est équipée d’une solution originale de centrale thermique mixte bi-combustible (bagasse/charbon) et bi-énergie (électricité/vapeur) permettant notamment de valoriser la bagasse et de produire de l’électricité. Sa puissance de production est de 100 MW. Avec la deuxième usine sucrière du Gol dans le Sud, qui dispose du même dispositif, la puissance de production issus du traitement de la bagasse est de 210 MW, ce qui représente l’alimentation en électricité de presque 1 foyer sur 10 à La Réunion.

La Bagasse est un résidu (fibre) de la canne à sucre qui fait partie de ce que l’on appelle la biomasse. Lorsque la canne est broyée, il en ressort 70% de jus (qui par différents traitements formeront les sucres et les rhums) et 30% de fibres : la bagasse. Cette bagasse est incinérée dans des chaudières (à 1300 – 1400 °C) et permet le passage de l’eau liquide à l’état de vapeur (vaporisation), qui va elle-même alimenter un turbo alternateur (turbine), et produire de l’électricité. Le processus est dans le détail un peu plus complexe. L’usine de Bois Rouge absorbe l’intégralité de la bagasse issue du traitement de la canne et alimente en vapeur l’usine sucrière, en échange de quoi la sucrerie fournit à l’usine électrique la bagasse (deux entreprises distinctes). La fluctuation d’une année à une autre de la part de la bagasse dans la production électrique dépend essentiellement de la qualité de la campagne sucrière qui s’étale de juin à décembre.

• Visites de l’usine sucrière de Bois-Rouge à Saint André : 0262 58 59 74

En Savoir + : la filière Canne-Sucre à La Réunion

Sources : Energies Réunion, EDF Réunion

Pour aller plus loin :

• Energies Réunion
Bilan énergétique de La Réunion 2015 – Edition 2016 (*pdf)
• EDF Réunion
• Rapport PETREL