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Depuis la départementalisation en 1946, l’économie de La Réunion s’est considérablement transformée pour passer d’une colonie agricole à une région moderne qui possède aujourd’hui un tissu économique dynamique et varié, et tous les attributs d’une société de consommation. Elle accuse pourtant un taux de chômage élevé et une situation sociale « hors norme ».

1946 – 2016 : 70 ans de mutations économiques

Le développement économique et la modernisation de l’île n’ont véritablement débutés qu’après la seconde guerre mondiale et la départementalisation en 1946. Longtemps axée principalement sur la filière agricole de la canne à sucre, La Réunion a connu une rapide évolution de son économie depuis les années 60, notamment grâce à l’instauration d’un système complet de sécurité sociale en 1955 qui a permis d’améliorer les conditions de vie des réunionnais. La mise en place d’équipements publics et de services administratifs dans les années 70 génère de nombreux emplois et permet d’augmenter les revenus et la consommation, même si les écarts avec la métropole restent très importants. L’économie se transforme peu à peu et le secteur tertiaire prend progressivement la place de l’agriculture. La Réunion passe d’un monde agricole à une société de services, et les réunionnais basculent dans l’ère de la consommation de masse.

evolution-secteur-activite-reunionA partir des années 80, l’économie continue de progresser dans les domaines des services non marchands, notamment grâce à l’enseignement, mais aussi des services marchands, du commerce et du tourisme qui se développent. Les années 90 confirment cette forte accélération de la croissance économique : l’emploi, les revenus, le pouvoir d’achat et la consommation progressent rapidement et rattrapent peu à peu les standards nationaux, sauf en matière de chômage. Cette décennie voit également l’alignement des prestations sociales sur la métropole contribuant à cette croissance. Entre 1993 et 2007, La Réunion est la région française qui a connu la plus forte croissance (5% par an en moyenne), et les secteurs des services et du tourisme représentent la plus grande part des entreprises et des emplois créés. La construction et l’immobilier ont également connu un essor très important, notamment grâce à l’appui de dispositifs de defiscalisation attrayants.

La crise internationale de 2007 s’est aussi propagée à La Réunion et l’économie a connu depuis 2008 un ralentissement dont elle a peiné à se remettre, croissance et emploi ont progressé beaucoup moins rapidement malgré le soutien des politiques publiques. Depuis 2014, la croissance économique rebondit et renoue avec les niveaux d’avant-crise, soutenu par un environnement favorable (inflation et taux d’intérêt très bas) propice à la consommation et aux investissements, et aux conséquences perceptibles du chantier de la Nouvelle Route du Littoral. Le chômage baisse pour la première fois de façon significative en 2015 et 2016 même s’il reste à un niveau élevé.

La Réunion présente aujourd’hui les caractéristiques d’une économie moderne, dont les services constituent la principale source de création de richesse. La tertiarisation de l’économie réunionnaise se poursuit et l’ensemble des services représentent 85% de la création de richesse sur l’île. La Réunion se distingue particulièrement, comme les autres DOM, par l’hypertrophie des services administrés (administration publique, éducation, santé et action sociale) qui contribuent ainsi pour plus de 37% à la richesse de l’île, contre 22,5% en France métropolitaine. Pourtant, malgré son développement et son rattrapage, l’économie réunionnaise reste fragile et dépendante des finances publiques et des fonds européens.

Principaux indicateurs économiques 

En dix ans, le PIB de La Réunion a progressé de plus de 42%. Principal moteur de la croissance, la consommation finale s’est accrue de 3,4% par an en moyenne sur ces dix dernières années.

IndicateurAnnée 2017
PIB18,53 Mrd €
Taux de croissance du PIB+3,2 %
PIB par habitant21 500 €
Taux d’inflation+0,4 %
Population active343 000
Nombre d’emplois289 145
Taux de chômage (au sens du BIT)23 %
Taux de pauvreté40 %

Source : Iedom – INSEE

Bilan économique de l’année 2017

En 2017, la croissance perdure à La Réunion et le PIB progresse de 3,2 % en volume après + 3,1 % en 2016 et + 2,8 % en 2015. La consommation des ménages et le regain des dépenses des administrations publiques constituent les principaux moteurs de cette croissance. L’activité touristique progresse fortement. L’investissement ralentit, mais en contrepartie, les importations pèsent moins négativement sur la croissance que les années précédentes. En revanche, les effets de la croissance se ressentent peu sur le marché du travail : le chômage reste stable en 2017. 

La Réunion présente les caractéristiques d’une économie moderne, dont les services constituent la principale source de création de richesse. La tertiarisation de l’économie réunionnaise se poursuit et l’ensemble des services (services marchands, services non marchands et commerce) représente 87 % de la valeur ajoutée (VA) de La Réunion. Ce secteur se distingue particulièrement par l’hypertrophie des services administrés (administration publique et éducation, santé et action sociale). Les services non marchands contribuent ainsi pour 35,9 % à la richesse de l’île, contre 22,8 % en France métropolitaine. Autre particularité de son économie, le poids de l’industrie (y compris l’énergie) est deux fois moins élevé que celui observé à France métropolitaine (6,6 % de la VA totale à La Réunion contre 14,0 % en métropole). À l’inverse, le poids de l’agriculture et de la construction sont respectivement proches des niveaux métropolitains.

La décomposition par secteurs de l’économie réunionnaise montre une prédominance des services. Les services marchands (qui comprennent notamment l’économie numérique, les transports, le tourisme, les services la personne et aux entreprises) créent 39,0 % de la richesse de l’île. Les services non marchands (santé, éducation, action sociale) représentent 35,9 % de cette valeur ajoutée (un poids supérieur à la moyenne nationale). Les autres secteurs contribuent à la création de création de valeur à hauteur de : 12,1 % pour le commerce, 5,4 % pour le BTP, 4,4 % pour l’industrie, 2,5% pour l’énergie et 1,5 % pour l’agriculture et la pêche (1,5 %). Les services non marchands regroupent 43,5 % des effectifs salariés totaux en 2016, les services marchands 31,6 % et le commerce 13,0 %. Le tissu économique réunionnais est composé de 60 846 entreprises en 2016 dont 54,4 % drainés par les services marchands. Le commerce occupe la 2e place avec 20,2 % du total. 6 084 entreprises ont été créées en 2016, dont 57,7 % dans les services marchands et 24,3 % dans le commerce.

En Savoir + :

Carte économique de La Réunion

Carte-économie-agriculture-énergie-Réunion

Les secteurs d’activité et l’emploi

Emploi-salarie-marchand-reunion-2016L’économie réunionnaise est aujourd’hui largement dominée par le secteur des services, que ce soit en matière de création de richesse comme en matière d’emploi. Les services marchands constituent le premier secteur de l’île, hors services administrés, et représentent plus de 35% de la richesse créée et 30% des emplois. Ce secteur dynamique et en progression est à l’origine d’une création d’emploi sur deux sur ces dix dernières années. Il couvre des activités variées regroupant notamment les services à la personne et aux entreprises, les transports (aérien, routier, maritime), le tourisme ou encore l’économie numérique. Le secteur des services non marchands (la santé et l’éducation pour l’essentiel) représente quant à lui plus de 42% des emplois à La Réunion. Le secteur du commerce représente 12% de la richesse créée et 13% des emplois. L’agriculture conserve un poids un important dans l’économie et les exportations (sucre, rhum) et représente avec les emplois directs, indirects et induits environ 13% des emplois du secteur privé. Il est également essentiel dans l’autosuffisance alimentaire de l’île. Le poids de l’industrie dans l’économie reste relativement modeste, il représente 4% de la richesse et presque 6% des emplois. Le secteur « électricité, eau et environnement » participe a hauteur de 2,5% à la création de richesse et représente un peu plus de 1% des effectifs salariés.

La Réunion compte presque 50 000 entreprises, dont plus de 20 000 dans les services (marchands et non marchands) et plus de 17 000 dans le commerce, les transports, l’hébergement et la restauration. Ils représentent à eux seuls plus de 80% des créations d’entreprises et près de 40% des emplois. Il existe également plus de 11 000 administrations publiques (enseignement, santé, action sociale…) qui représentent près de la moitié des emplois salariés sur l’île. 9 emplois sur 10 à La Réunion sont aujourd’hui des emplois salariés à l’instar de la France métropolitaine. Bien que plus marginal, l’emploi non salarié reste dynamique.

En 2017 pour la deuxième année consécutive, la population active baisse à La Réunion, notamment chez les jeunes et les hommes. Le taux d’emploi n’augmente pas cette année, et après trois années de baisse, le taux de chômage cesse de diminuer : il reste stable à 23 % en 2017 (au sens du BIT). L’emploi salarié poursuit en 2017 la reprise amorcée en 2013, mais la hausse est plus faible qu’auparavant (+ 0,9 % après + 1,5 % et + 2,3 %). L’industrie, la construction et l’hébergement-restauration sont les secteurs moteurs, tandis que l’emploi salarié progresse plus modérément dans les services marchands. Le commerce ne crée presque pas d’emplois, tandis que le nombre de salariés dans les services non marchands stagne, du fait de la chute du nombre de contrats aidés : un quart de moins par rapport à la mi-2016. 

L’agriculture à La Réunion

Même si l’agriculture ne représente plus le premier poste de l’économie réunionnaise longtemps dominée par la filière Canne-Sucre, elle reste néanmoins une activité essentielle pour La Réunion, à fortiori si on y intègre les activités induites par ce secteur, et constitue une part essentielle des exportations, avec les sucres et les rhums. L’agriculture réunionnaise a aussi connu une forte mutation au niveau de ces filières de production et des exploitations agricoles qui se concentrent. Trois grandes filières de production agricole dominent le secteur : la canne à sucre, les fruits et légumes, et les élevages. Même si elles sont plus marginales et pour certaines en difficultés, certaines productions traditionnelles d’excellence participent au rayonnement de l’île : vanille, café, plantes à parfum (géranium, vétiver…).

Quelques chiffres sur l’agriculture à La Réunion :

• 7 651 exploitations agricoles
• 15 044 actifs permanents, dont 52% de chef d’exploitation
• 43 313 ha de superficie agricoles exploitée
• 409,2 millions d’euros de production agricole, dont 70% pour la filière végétale
• Canne à sucre : 24 400 ha de surface cultivée, 3 500 exploitations, 1 835 786 t par an
• Fruits : 2 900 ha de surface cultivée, 1300 producteurs, 40 800 t par an
• Légumes : 2 000 ha de surface cultivée, 2 700 producteurs, 54 500 t par an
• Vanille : 190 ha de surface de cultivée, 140 producteurs, 6 t par an
• Géranium : 150 ha de surface de cultivée, 170 t par an d’huile essentielle
• Vétyver : 7 ha de surface de cultivée, 5 producteurs, 15 kg par an d’huile essentielle
• Viticulture : 15 ha de surface cultivée, 14 producteurs, 40 000 bouteilles par an
• 140 producteurs de fleurs, 50 producteurs de plantes en pots, 30 pépiniéristes

schéma-filiere-canne-bagasse-sucre-rhum-electriciteLa filière canne à sucre reste la clé de voute du tissu agricole réunionnais, elle représente 57% de la surface agricole utilisée (24 400 hectares) et compte environ 3000 exploitations. Avec 14 000 emplois directs et indirects, mais aussi 4500 emplois induits, soit environ 13% du secteur privé, la filière « canne » reste la principale source d’emplois de l’agriculture et un secteur économique important, notamment sur le plan des exportations (sucre, rhum). La filière s’appuie sur deux usines – Bois-Rouge, dans le Nord, et Le Gol, dans le Sud – qui ont une capacité respective de traitement d’environ un million de tonnes de cannes, un terminal sucrier pour l’exportation du sucre réunionnais vers le continent européen, ainsi que trois distilleries pour la fabrication de rhums. La valorisation énergétique du co-produit « bagasse » est également à prendre en compte, avec la production des deux centrales thermiques qui la consomment pendant la campagne sucrière, tant pour alimenter les usines en vapeur et électricité que pour participer à la couverture des besoins en électricité de l’île (environ 10%). Cette filière reste pour autant fragile face à la concurrence et fait donc l’objet d’un appui important des pouvoirs publics : le prix de la canne à sucre est administré, et à ce prix s’ajoutent une série de mesures d’aides directes et structurelles au soutien de la production, des exploitations et des producteurs.

En Savoir + : La filière Canne-Sucre à La Réunion

Les filières animales (bovins viande, bovins laitiers, porcine, avicole, cunicole, caprine, ovine et cervidés) ont connu un développement vigoureux au cours des vingt dernières années. Cette évolution a été programmée et organisée par la profession et les services de l’état dans le cadre du plan d’aménagement des hauts. Elles sont aujourd’hui bien structurées et bien organisées, mais aussi soutenues par les pouvoirs publics.

La filière fruits et légumes tient une place stratégique pour l’autosuffisance alimentaire de l’île, dont elle permet de couvrir environ 80% des besoins. Sa production est en constante augmentation en réponse au dynamisme du marché local, mais elle se différencie des filières canne à sucre et élevages par la faiblesse des soutiens publics, la quasi absence d’organisation professionnelle et le maintien d’une tradition de commercialisation informelle.

Une situation sociale qui reste « hors normes » 

Près d’un tiers des réunionnais est bénéficiaire d’une aide sociale, dont les plus répandues sont le RSA (socle, activité ou socle et activité), le revenu de solidarité (RSO), l’allocation spécifique de solidarité (ASS), l’allocation aux adultes handicapés (AAH) ou les allocations du minimum vieillesse (Aspa ou ASV). Un peu plus de 118 000 foyers et 280 000 personnes sont couvertes par le Revenu de Solidarité Active (RSA) sous ses différentes formes, soit un peu plus de 30% de la population, contre 8% au niveau national. Le retour à l’emploi des chômeurs reste difficile malgré l’amélioration du marché du travail et bon nombre d’entre eux ayant épuisé leurs droits à indemnisation se tournent vers le RSA pour subvenir à leurs besoins. Le taux de pauvreté est de 40% de la population contre 14 % en France, et le taux d’illettrisme de la population des 16-65 ans est de presque 23%, soit plus de 115 000 personnes, contre 7% en France métropolitaine.

Ces chiffres à eux seuls suffisent à matérialiser la précarité sociale qui subsiste à La Réunion, dont la première cause reste le chômage, et sa dépendance aux minima sociaux. Cette précarité touche les jeunes qui représentent une part importante de la population (43% ont moins de 20 ans) et dont la moitié vit en dessous du seuil de pauvreté. Pout autant, moins de 2% des jeunes de moins de 21 ans bénéficie d’une action éducative ou d’un placement, ce qui confirme qu’il est difficile d’établir un lien systématique entre pauvreté et risque de mise en danger des enfants. Les personnes âgées sont aussi fortement touchés par la pauvreté, ils sont quatre fois plus qu’en France métropolitaine à vivre sous le seuil de pauvreté, mais aussi par une entrée plus précoce en dépendance.

Des défis à relever pour l’avenir

Les enjeux et défis à relever en matière de développement économique, d’emploi et d’action sociale sont donc nombreux à La Réunion pour faire face à la croissance de la population active, au chômage ou à l’importance du niveau de pauvreté, et ils d’autant plus difficiles à atteindre compte tenu des spécificités et des contraintes de ce petit territoire de l’océan Indien. La Réunion possède néanmoins de nombreux atouts pour continuer son développement économique, tout en préservant les exceptionnelles richesses dont elle dispose, à commencer par l’écotourisme ou le développement des énergies renouvelables, mais aussi le développement des transports alternatifs, l’économie numérique, la recherche ou l’innovation.

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