26 attaques de requins depuis 2011, dont 10 mortelles, et une île globalement privée d’accès à l’océan, c’est le bilan actuel de la « crise requin » qui frappe La Réunion. L’île a connu une attaque mortelle en 2019 à ce jour.

S’il est une crise qui cause un tord durable à La Réunion depuis quelques années, c’est bien la recrudescence d’attaques de requins. Pour le tourisme bien sur, mais surtout et avant tout pour les réunionnais eux mêmes. L’état et la préfecture ont décidé de renforcer significativement les actions et moyens alloués à la gestion de cette crise. La bonne mise en oeuvre de ces actions devrait permettre de revoir la réglementation des activités nautiques et de baignade, et d’élargir l’accès à l’océan pour les réunionnais et les touristes.

La Réunion et les requins

Il y a des requins dans les eaux réunionnaises, comme il y a des requins dans tous les océans et mers du monde. Il existe plus de 450 espèces de requins qui peuplent tous les milieux marins et dont la très grande majorité d’entre eux sont inoffensifs. Depuis sa découverte au 16ème siècle, la présence de requins à La Réunion a toujours été rapportée, et les anciens notamment savent bien qu’il y a des secteurs à éviter et certaines règles à respecter. Ce rappel est important. L’accélération démographique qu’a connu La Réunion depuis la départementalisation, particulièrement sur les 30 dernières années, a logiquement considérablement augmenté le nombre d’usagers de la mer, mais elle a aussi dilué progressivement la connaissance des lieux ou de certaines règles qui ont toujours été connues et appliquées par les réunionnais.

Sur les cinq espèces considérées comme dangereuses pour l’Homme, elles sont toutes présentes dans les eaux réunionnaises, particulièrement le requin bouledogue et le requin tigre qui évoluent proche des côtes, le requin mako, le requin longimane et le grand requin blanc préférants des eaux plus profondes ou tempérées. 30 attaques de requins ont été répertoriées à la Réunion entre 1980 et 2010, soit 1 attaque par an en moyenne, distribuées de façon hétérogène dans le temps. Le nombre d’attaques a été de 5 pour la décennie 1980-1990, de 17 pour la décennie 1990-2000 et de 8 pour 2000-2010. Sur ces 30 attaques, 13 ont été fatales (44%). L’activité de surf est la plus touchée, puis la chasse sous-marine et enfin la natation, le windsurf, le kayak et autres. Ce sont les côtes Ouest et Sud (zones d’activités balnéaires) qui concentrent l’essentiel des attaques. Elles se produisent en majorité l’après-midi et au crépuscule.

→ Télécharger Statistiques des attaques à La Réunion depuis 1980 (pdf – 20 pages – 1,1 Mo)

La « crise requin » depuis 2011

risque-requin-reunionDepuis 2011, La Réunion a subit 26 attaques de requins, soit presque 4 attaques par an, dont 10 mortelles. Si on compare ces données par rapport aux autres territoires les plus concernés par les attaques de requins dans le monde (Etats-Unis, Australie, Afrique du Sud), on constate que La Réunion est surreprésentée pour la part d’attaques mortelles (1 attaque mortelle sur 3 dans le monde), mais aussi pour tous les autres indicateurs que sont le nombre d’attaques mortelles ou non pour un million d’habitants et le nombre d’attaques mortelles ou non pour 100 km de linéaire côtier. Dans son dernier rapport, le Muséum d’histoire naturelle de Floride classe La Réunion en première position dans le domaine des attaques mortelles de squales dans le monde pour l’année 2017. C’est donc un fait que La Réunion concentre depuis 2011 proportionnellement plus d’attaques de requins (mortelles ou non) que partout ailleurs dans le monde, et qu’il y a par conséquent un déséquilibre avéré dans la zone de cohabitation nécessaire entre les requins et les Hommes.

Evolution des attaques de requins depuis 2011
 

Carte des attaques de requins depuis 2011

DateActivitéAttaqueLieu
30/01/2019Pêche bichiquesMortelleSainte-Rose
17/02/2018Chasse sous-marineNon mortelleRoches Noires
18/06/2017BodyboardNon mortelleRoches Noires
29/04/2017BodyboardMortelleSaint-Leu
21/02/2017BodyboardMortelleSaint-André
27/08/2016SurfNon mortelleBoucan Canot
22/07/2015SurfNon mortelleSaint-Leu
01/06/2015SurfNon mortelleLe Port
12/04/2015SurfMortelleLes Aigrettes
14/02/2015NageMortelleEtang-Salé
22/07/2014SurfNon mortelleSaint-Leu
26/10/2013NageNon mortelleEtang-Salé
26/07/2013Arrêté préfectoral d’interdiction de baignade
15/07/2013NageMortelleBaie de Saint-Paul
30/06/2013SurfNon mortelleGrande Anse
08/05/2013BodyboardMortelleBrisants
23/04/2013SurfNon mortelleSaint-Pierre
05/08/2012SurfNon mortelleSaint-Leu
23/07/2012SurfMortelleTrois Bassins
05/03/2012BodyboardNon mortelleSaint-Benoît
11/11/2011Chasse sous-marineNon mortelleSainte-Rose
05/10/2011Canoé KayakNon mortelleCap La Houssaye
19/09/2011SurfMortelleBoucan Canot
18/07/2011Canoé KayakNon mortelleBrisants
06/07/2011SurfNon mortelleRoches Noires
15/06/2011BodyboardMortelleBoucan Canot
19/02/2011SurfNon mortelleTrois Roches

Les causes des attaques de requins

Depuis 2011, plusieurs études ont été réalisées et sont en cours afin d’identifier les cause de cette recrudescence d’attaques à La Réunion, sans qu’elles ne soient aujourd’hui parfaitement identifiées. Elles sont potentiellement nombreuses (urbanisation, pollution, surpêche et manque de nourriture, diminution des requins de récif, création de la réserve marine, arrêt de la pêche, individus déviants…) et vraisemblablement une conjonction de plusieurs d’entres-elles. Si certaines peuvent faire l’objet d’incertitudes d’autres en revanche sont difficilement contestables.

L’augmentation démographique et le nombre d’usagers de la mer a considérablement augmenté ces 30 dernières années, et avec elle l’urbanisation et ses conséquences en matière de pollution du littoral, mais il n’y a proportionnellement pas plus de baigneurs ou de surfeurs dans l’eau à La Réunion qu’ailleurs dans le monde, au même titre que la qualité des eaux réunionnaises n’est pas plus dégradée qu’ailleurs, loin s’en faut. Il est aussi avéré que la création de la réserve naturelle marine en 2007 et l’évolution de son espace depuis ne peut expliquer rationnellement cette situation, au même titre que les rares élevages piscicoles qui existent. En revanche, tous ces facteurs sont concentrés sur les côtes Ouest et Sud de l’île, ce qui explique logiquement que l’essentiel des attaques soient concentrées dans ces zones. Les autres zones de l’île ne sont pas épargnées pour autant, certaines d’entres-elles ont toujours été connues et font l’objet d’observations fréquentes de requins.

Ce que beaucoup pointent aujourd’hui comme étant sans doute la cause la plus probable de cette recrudescence d’attaques depuis 2011 est l’interdiction par arrêté préfectoral de la vente de chair de requin en 1999 (en raison de la présence possible de ciguatera, une toxine qui la rend impropre à la consommation), et donc par conséquent l’arrêt de cette pêche depuis cette époque. Les requins ont toujours été pêchés à La Réunion, limitant ainsi leur trop forte de présence près des côtes. La décision prise par les autorités de procéder à des prélèvements de requins depuis 2015 dans le cadre de la gestion de la crise (programme CapRequins) témoigne chaque semaine de la forte présence de requins bouledogue et tigre près des côtes, présence qui est de fait favorisée par des facteurs comme la pression plus grande qui existe aujourd’hui dans la recherche de nourriture, conséquence de la surpêche d’autres espèces. On peut d’ailleurs à cet égard s’interroger sur l’impact de la présence de Dispositifs de Concentration de Poissons (DCP) trop près des côtes.

La gestion de la « crise requin »

La politique au coup par coup adoptée par les autorités au début de cette crise n’a à l’évidence pas favorisée une bonne approche et une bonne gestion du problème, ni la mise en oeuvre de solutions satisfaisantes, bien que la situation progresse timidement. Il est clair qu’une approche plus anticipée et mieux concertée du problème aurait sans aucun doute permis de répondre à la cohabitation nécessaire entre sports balnéaires, enjeux environnementaux et gestion du risque, dans un climat moins passionnel et plus constructif. Cette crise n’aurait pas pris un tel ampleur et causé autant de tort durable à La Réunion. Sur quelle autre destination au monde vous informe t’on dans l’avion d’un risque lié à un animal dangereux présent dans son environnement naturel, au surplus quand on sait que ce risque (une attaque de requin) est statistiquement très inférieur à d’autres causes de mortalité à La Réunion, que ce soit pour des vacances ou en y habitant. Nous informe t’on sur le risque des serpents en Australie, celui des hippopotames en Afrique et celui des guêpes en France qui fait plus de mort que les requins ? Nonobstant, il est clair que cette crise a ancré une peur profonde et durable sur le risque requin à La Réunion, que ce soit pour les touristes et les réunionnais eux-mêmes.

Plan-réduction-risque-requins-réunionLa Réunion est aujourd’hui un laboratoire d’expérimentations de solutions techniques afin de réduire le risque requin. Le plan renforcé et durable de prévention du risque requin actuellement en vigueur a pour vocation d’améliorer notre connaissance et compréhension du phénomène (connaissance scientifique des requins côtiers de la Réunion, renforcement de l’information des populations, renforcement des méthodes de gestion opérationnelle de l’alerte, accompagnement des activités nautiques les plus exposées…), et ainsi de faire face durablement à cette menace au travers de différents dispositifs (Vigie Requin, CapRequins…) devant former autant de barrières de protection (surveillance, espaces protégés, filets, observation subaquatique, écoute, prévention et information, captures et prélèvements…).

Au delà des études et dispositifs mis en oeuvre visant à la protection des usagers de la mer et de la nécessaire prise en compte des enjeux de protection de la biodiversité et des écosystèmes, l’augmentation des captures et des prélèvements des espèces dangereuses, particulièrement le requin bouledogue, près du littoral réunionnais est de fait un facteur indispensable à cette gestion de crise et à la régulation de la présence de requins dans les espaces côtiers réunionnais, et donc à la diminution des attaques. Car l’actualité nous rappelle que les attaques continuent à se succéder, remettant en question la notion même de « crise » qui par nature ne s’inscrit pas sur du long terme.

Lors de sa venue en octobre 2017, la ministre des outre-mer avait annoncé et s’était engagée à redonner un « nouvel élan » à la mobilisation des pouvoirs publics face à la crise requins, et à « renforcer significativement les moyens alloués à la gestion du risque requin ». Elle a confirmé ses engagements en annonçant le 16 février 2018 le doublement du financement de la gestion de la crise requin à La Réunion (en passant à 2 millions d’Euros) et notamment le renforcement du programme sélectif de pêche de prévention (actions de prélèvement des requins bouledogues). Le nouveau programme de pêche aux squales pour la période 2018-2021 (ex CapRequins) qui sera piloté par le Centre de Ressource et d’Appui (CRA) a été validé en mars 2018. Les opérations seront concentrées sur le requin bouledogue et le requin tigre. Par ailleurs, un nouveau système de filets innovants (prototypes de tailles réduites) ont été installés sur les plages de Boucan-Canot et des Roches Noires afin de redonner un accès à l’océan pour la baigneurs sur ces deux plages très fréquentées.

Carte des opérations de pêche en temps réel

Une carte des opérations de pêche est disponible sur le site info-requin et permet de retrouver les positions et heures de déploiement des engins de pêche (PAVAC et PHF) en temps réel (avec une persistance d’affichage de 3 et 6 heures respectivement après leur relève), ainsi que les captures ciblées (requins tigre et bouledogue) jusqu’à 5 jours après leur capture.

→ Accéder à la carte des opérations de pêche en temps réel

La réglementation et le bon sens

Depuis 2013 par arrêté préfectoral, « La pratique de la baignade et des activité nautiques est interdite dans la bande des 300 mètres du littoral du département de La Réunion, sauf dans le lagon et, en dehors du lagon, dans les espaces aménagés et les zones surveillées définies par arrêté municipal, les activités les plus exposées au risque requin, à savoir : la baignade, les activités nautiques utilisant la force motrice des vagues (surf, bodyboard, bodysurf, longboard, paddleboard). Il est rappelé que la pratique de la baignade et des activités nautiques au sein de ces zones aménagées n’est possible que dans les conditions et aux créneaux horaires portés à la connaissance des usagers par les services municipaux sur site.« 

En Savoir + : Où se baigner ? Les zones de baignade à La Réunion

En pratique, certains décident de braver l’interdit pour aller à l’eau et pratiquer leurs passions. Soit, mais dans ce cas, qu’ils réunissent les conditions minimums de sécurité et de bon sens. On ne surf jamais seul, on ne surf plus à partir de la fin d’après-midi, on ne surf jamais après forte houle et/ou forte pluie (eau sale/trouble), on se renseigne sur l’endroit où on surf si on le connaît pas… Autant de règles de bon sens qui s’imposent à tout bon surfeur en général, ici en particulier. Faire le choix de surfer à La Réunion sans que toutes les conditions de sécurité soient réunies peut s’avérer particulièrement dangereux.

En Savoir + : Le surf à La Réunion

En cas d’observation de requin

  • Assurer votre sécurité, ne tentez pas d’approcher le requin
  • Contactez le numéro d’urgence du CROSS de La Réunion : 196 ou 0262 43 43 43 (ou par VHF canal 16)
  • Indiquez le lieu d’observation le plus précisément possible
  • Estimez/indiquez l’espèce et/ou les caractéristiques du requin
  • Précisez les conditions de l’observation et toutes les autres informations utiles
  • Si vous êtes dans l’eau, restez en groupe et regagnez la plage au plus vite

→ Télécharger la Fiche observation requin à envoyer au CROSS (*pdf – 1 page – 131 Ko)

Zoom sur le requin-bouledogue

requin-bouledogueLe requin-bouledogue (Carcharhinus leucas) est le plus impliqué dans les attaques de requins à La Réunion, mais aussi ailleurs (Australie, Brésil, Afrique du Sud…). Poisson massif et trapu, au museau aplati et court, il peut atteindre 3,50 mètres de longueur et vivre plus de 20 ans. Son dos est de couleur brun olive à gris sombre, et son ventre est blanc sale. Le bouledogue est un requin côtier qui apprécie les eaux à forte turbidité, et qui s’acclimate aux eaux hyposalines ou hypersalines. Il apprécie les embouchures de rivières qu’il est capable de remonter. Il évolue souvent en petits groupes. Il est omnivore et se nourrit de poissons (de mer ou d’eau douce), d’autres espèces de requins, de tortues marines, de calamars, de mammifères et d’oiseaux. C’est un poisson réputé très agressif et malin. Le requin bouledogue est vivipare et la mère peut mettre au monde une douzaine de petits entièrement formés, la gestation dure entre dix et douze mois. A la différence d’autres espèces de requins, il n’est pas menacé d’extinction.

Pour aller plus loin :

• Site de la préfecture info-requin

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